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Lors du dernier forum, nous avions évoqué des ponts qui pouvaient se faire entre hypnose et pensée juive. Dans un voyage hypnotique, nous avons traversé le désert avec les hébreux. Nous sommes entrés en transe avec Hannah au temps des prophètes. Nous avons confronté Hillel l'ancien, héros du talmud, avec François Roustang. Nous avons parlé de Maïmonide, rabbin, médecin et philosophe du moyen-âge, aussi peu déterministe que nos thérapies brèves. Enfin, nous avons regardé comme des Kabbalistes, à la loupe, la première lettre de la bible pour y trouver un sens plus profond qui nous renvoie, l'air de rien, à la relation humaine dans ce qu'elle a d'épanouissant et, pourquoi pas, thérapeutique. Le voyage se poursuit. Le patient si bien décrit par Roustang est celui centré sur sa plainte et son monde intérieur. L'hypnose lui permet une ouverture vers ses perceptions et de sortir de lui-même. Mais ce n'est pas une problématique moderne. Citons deux grands personnages bibliques, Jacob et Moïse, qui s'y trouvent, chacun à leur époque, confrontés. Et tout comme le patient en hypnose se remet en accord avec lui-même, équilibre son monde intérieur, intellectuel, émotionnel, avec son monde extérieur, son comportement, sa vie relationnelle; de même ces maîtres et patriarches accordent leur dimension spirituelle interne avec les réalités du monde qui les entoure au travers d'expériences, métaphores agies ou transcendances, qui les transforment. D'ailleurs par la même occasion, Jacob guérit de sa phobie sociale et Moïse de son bégaiement. Les lois juives concernant le langage semblent draconiennes, extrêmement sévères: il faut s'abstenir de tout propos, même confidentiel, qui pourrait dégrader l'image d'autrui, même sous forme d'allusion, même si tout ce qu'on dit est vrai et qu'on a des bonnes raisons pour le dire! N'est ce pas contraire aux dispositions naturelles de l'homme qui veut "vider son sac" et dire ce qu'il pense? N'est-ce pas aussi le meilleur moyen de garder en soi des tensions alors que nous, thérapeutes, invitons généralement plutôt à la catharsis, à l’apaisement par l’expression verbale des affects négatifs? Rencontrons de nouveau les explications de Maïmonide, et plus récemment celles du Rabbi de Loubavitch, qui nous éclaireront sur une vision du monde un peu paradoxale qui cherche à connaître le divin mais laisse une place fondamentale à l'action de l'homme. Une vision qu'on pourrait qualifier de constructiviste comme mode de pensée et de vie, dans laquelle il faut être attentif à la parole car elle crée la réalité.

Nous sommes souvent confrontés, dans nos thérapies, à des personnes qui s’enlisent dans « des anticipations de l’échec ». Qui sont prises dans « une maladie de la logique » (COOPER (D.). Qui ne sortent pas de leurs répétitions, enkystées qu’elles sont, dans leurs vieux schémas comportementaux. Le symptôme, comme le dit Tobie NATHAN est « une tentative de guérison spontanée enlisée dans un cercle vicieux. » Ce que j’ai pu constater, c’est que très souvent, les patients se mettent dans des « kukloformes ». Kukloforme est un néologisme que j’ai créé dans ma thèse de doctorat en 1979. ( n.m. gr : kuklos, le cercle, et forma au sens d’un état stable, d’une Gestalt). Il désigne un raisonnement paradoxal hypothético-déductif (sans rétrogradation possible) présenté sous la forme d’un enchaînement de propositions,; avec la différence, que ce raisonnement n’est en rien un système hypothético-déductif, en tant qu’il n’est pas source de créativité vraie au cours de la genèse de son développement ; et dont la conclusion devient le point de départ qui avait été posé, a priori, sans démonstration. C’est une pseudo-logique constituée de « quasi-causes » (DELEUZE (G.) qui vont donner l’apparence logique de conséquences vraies par l’utilisation fonctionnelle porteuse de sens que sont les conjonctions de coordination et de subordination. Exemple : « Ce n’est pas PARCE QU’ il a un diplôme (1), qu’il est formé CAR le diplôme n’est pas révélatif d’une formation. EN EFFET, la formation ne peut pas s’évaluer par un diplôme. MAIS, il veut être formé et avoir un diplôme. C’EST POURQUOI, comme il n’a pas de diplôme, il veut entrer formation … MAIS … ce n’est pas Ce n’est pas PARCE QU’il a un diplôme (1)… etc et le cercle recommence!! On peut comprendre que le patient soit conforté dans son raisonnement parce qu’il tient formellement la route, et qu’il le protège dans son désir de non changement. Le thérapeute devra alors repérer les deux propositions entre lesquelles il y a le paradoxe, et sur le modèle des techniques de Steve de SHAZER demander au sujet de prendre la décision de valider SEULEMENT l’une des deux propositions ce qui le conduira à abandonner le kukloforme et le mettre en règle avec lui-même, les autres et les contextes dans lesquels il se trouve.

Isabelle Célestin-Lhopiteau, Psychologue-Psychothérapeute. Unité Douleur et Soins Palliatifs, CHU Bicêtre, Paris Jean Clottes, Préhistorien, spécialiste d’art rupestre, expert des Grottes Chauvet, Niaux et Cosquer Déroulement souhaité : 30 min de projection du film et 30 min de présentation co-animée. Isabelle Célestin et Jean Clottes proposeront à partir d’extraits du film « L’art de le transe » réalisé par Isabelle Célestin, d’explorer la question du processus de changement, à partir de l’expérience de la transe, telle qu’on l’utilise en occident en hypnose, mais aussi à partir de la façon d’entrer en transe dans la culture chamanique sibérienne. Qu’est ce que la transe du chamane peut nous apprendre sur la transe hypnotique ? Sur ce qui crée le changement chez un individu ? Nous allons prendre dans cette présentation le prétexte de l’ethnologie pour réfléchir au processus de changement en hypnose. L’ethnologue et l’hypnothérapeute partagent ce même effort d’altérité qu’est l’effort de ne pas enfermer l’autre dans sa propre façon de voir les choses et de prendre en compte la variété des pensées. L’objectif sera de mettre en perspective ces transes d’ici et d’ailleurs mais aussi celles d’hier et d’aujourd’hui. La préhistoire nous permettra de poursuivre cette réflexion à travers ce que les chamanes préhistoriques nous ont légués dans l’art rupestre. Ce film est un voyage au cœur de la transe à partir d’une expédition que nous avons menée en 2010 en Sibérie. Notre travail d’exploration nous permet d’y découvrir la transe chamanique telle qu’elle est encore pratiquée actuellement par des chamanes sibériens, à l’image des chamanes représentés sur les gravures rupestres préhistoriques que nous avons découvertes. Nous décrypterons ce que cette transe sibérienne peut nous apprendre sur celle que nous pratiquons en occident en hypnose. (film de 30 minutes)
Nous savons à quel point Milton Erickson a révolutionné à partir des années 50 le monde de l'hypnose et celui de la thérapie. Nous savons à quel point la théorie quantique, à partir des années 20 a révolutionné le monde de la physique et tout ce que nous pensions savoir sur la nature depuis Newton. Et si ces deux révolutions n'en faisaient qu'une ? Les analogies sont troublantes. La théorie quantique nous montre que l'observation des ondes les transforme en particules matérielles. Erickson nous dit "observez, observez, observez". Le monde quantique est ondulatoire et une des phrases clés d'Erickson et "et ma voix vous accompagne". La voix ? des ondes sonores. Le monde quantique est illimité mais n'est accessible, perceptible que lorsqu'il est à l'abri du monde matériel et nous savons que l'hypnose crée une "bulle" qui tout en nous isolant du monde extérieur nous permet d'accéder à un immense magasin de ressources et de solutions. Pour la théorie quantique, la matière et l'esprit sont complémentaires et indissociables. Analgésie, lévitation, modifications végétatives en transe nous montrent chaque jour l'interaction permanente du corps et de l'esprit, leur complémentarité. Ces phénomènes idéo-dynamiques s'accordent très mal de la physiologie classique. Y aurait il une physiologie quantique ? La théorie quantique montre que des particules liées un jour le sont pour toujours. Et nous savons que le monde intérieur de chacun est influencé par nos proches et les influencent à leur tour. Et tout particulièrement les membres de la famille, les parents et les enfants. Ceux qui sont issus des mêmes particules de vie. En explorant ces analogies, nous comprendrons comment Milton Erickson, en intégrant (intuitivement ?) les concepts les plus novateurs de la science a ouvert la voie aux thérapies du 21ème siècle.
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